J'écoute : Ross Daly
Je regarde : la neige tomber
Je lis : Les Jumeaux de Vallangoujard
Je joue : à me faire peur
Je mange : des artichauts
Je bois : de la vodka glacée
Je cite : Eugène Labiche
Je pense : à vous très fort
Je rêve : de vous toutes les nuits
(mis à jour lundi 23 juin 2008 à 01:35)

23/12/2007

23/12/07 - 04:24

La paternité, c’est tout doux

« La paternité, c’est tout doux », ai-je écrit, badin, l'autre jour, à l'un d'entre vous. C'est tout doux en effet, ou plutôt c’est à la fois une grande joie et une grande souffrance. Non pas tantôt l’une et tantôt l’autre, mais bien l’une et l’autre à la fois, en même temps, à chaque instant. Comme l’amour ? Oui, comme l’amour et même plus encore, puisque c’est l’amour par excellence, le seul indiscutable, le seul que je sois sûr d’éprouver jusqu’à ma fin, alors même que je ne l’ai pas choisi. Plus exactement, je n’ai pas choisi son objet, ses objets, j’ai seulement choisi qu’ils existent, sans idée préconçue, n'ayant jamais rêvé la procréation comme un accomplissement. Et du jour où ma fille est née, je suis devenu quelqu’un d’autre, quelqu’un que je ne connaissais pas. "Love calls you by your name", chante Leonard Cohen. Du jour au lendemain, j’ai presque cessé d’avoir peur pour moi, et n’ai plus cessé d’avoir peur pour elle, puis pour ses frères. Etre père, être mère, c’est cela : avoir peur, être inquiet, toute sa vie durant, pour quelqu’un d’autre que soi. Une angoisse qui s’estompe une fois les enfants devenus grands, une fois que l’on a échappé au pire, mais qui fait place au regret, au remords, celui de n’avoir pas fait tout ce qu’il fallait, d’avoir manqué des choses dans leur éducation. De leur avoir laissé trop de liberté pour compenser celle que je n’ai pas eue moi-même – ou simplement par confort, par paresse ? Plutôt par sentimentalisme, par crainte de ne plus jamais retrouver dans leurs yeux le regard éperdu d’amour, de confiance absolue, qu’ils avaient, tout petits, quand je les soulevais de leur lit, de leur chaise pour les prendre dans mes bras. Mais dans mes moments de doute, de spleen, je me dis (peut-être pour me rassurer à bon compte) que je n’ai pas forcément eu tort, qu'ils auront avec les autres des relations plus simples, plus naturelles, plus faciles que moi, que sous cette désinvolture narquoise ou renfrognée qu’ils affectent envers leur père se masque une tendresse pudique, dont il me semble parfois lire malgré eux le reflet sur leur visage. Et qu’ils mettront moins de temps à atteindre cet état de sérénité indulgente auquel je suis parvenu si tard, trop tard, envers mes propres parents.

commentaires

30/12/07 - 02:11

Sérénité indulgente.

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