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J'écoute : Ross Daly
Je regarde : la neige tomber
Je lis : Les Jumeaux de Vallangoujard
Je joue : à me faire peur
Je mange : des artichauts
Je bois : de la vodka glacée
Je cite : Eugène Labiche
Je pense : à vous très fort
Je rêve : de vous toutes les nuits
(mis à jour lundi 23 juin 2008 à 01:35)

16/06/2008

16/06/08 - 01:24

L'une des dernières fois où les Irlandais se distinguèrent en Europe remonte à soixante-trois ans, lorsque leur gouvernement, présidé par Eamon De Valera, adressa ses condoléances à l'amiral Dönitz pour le fâcheux trépas de son précédesseur. Isolationnisme, quand tu nous tiens...

12/06/2008

12/06/08 - 01:13

Les derniers survivants de la dynastie des Arpad souhaitent au trop rare GFP un bel et heureux anniversaire, et invitent tous les lecteurs à faire de même

01/01/2008

01/01/08 - 23:28

2008, année bisexuelle

Avant que s'achève cette toute première journée, je souhaite une tendre et heureuse année à tous mes correspondants de GA, et en particulier (par ordre alphabétique ou presque, et en priant les omis de m'absoudre) :


à Alain le photographe inlassable d’un Paris non aseptisé ;

à Antoine l’inventif sans merci ;

à Apax l'unique par définition ;

à Arto qu'il soit Momo ou Paasilinna ;

à Badinou l’insaisissable oulipien ;

à Eric de Vesoul, des Antilles et des cieux ;

à GFP qui eut la gentillesse d'interrompre une hibernation de deux mois pour me souhaiter un bon anniversaire, et qui a de très beaux yeux, d'un brun très clair et très rare ;

à l’énigmatique et troublant Griffin ;

à Herminien l'orphelin de l'ancien élève de mon ancien lycée ;

au karedig Karedig qui a le bon goût d’aimer les plages bretonnes et les liqueurs de vieille dame ;

au cyrillique et méthodique Kosmo ;

à Kyrillos qui a des ailes d'ange et des lunettes de gangster ;

à M'sieu Népo notre bienveillant veilleur de nuit comme de jour ;

à Palanthyr le diablotin ;

à Pire qui n’est pas toujours sûr sauf de ses convictions ;

à Samir l’investigateur des âmes ;

à Sissou le pianiste du riche ;

à Tuonela le tromboniste sorti des coulisses ;

sans oublier, last but not least, le plus craquant des choupinous...


« Que les saisons vous soient douces, vous avez tant mérité. »

23/12/2007

23/12/07 - 08:45

Par où commencer, sinon par le commencement ?

Je ne saurais pas dire quand ni comment j’ai pris conscience de mon envie des hommes. Ou, plus précisément, je sais que c’était il y a trente ans, en tombant pour la première fois amoureux d’un garçon ; mais ce que je ne sais pas, c’est à quel moment mon amitié pour lui est devenue un autre sentiment, ni ce qui au juste me l’a révélé à moi-même, encore moins ce qui m’a donné l’audace de le lui avouer. Sans doute l’évidence était-elle devenue trop forte à mes propres yeux pour que cela ait un sens de le lui cacher ; sans doute aussi sa façon d’être, si exceptionnellement affectueuse, m’a-t-elle encouragé à extérioriser mes sentiments – que, contrairement à lui, j’avais été éduqué à garder pour moi.

Je le savais trop hétéro (et trop amoureux, d’une fille tout aussi magnifique que lui, qui aujourd’hui encore est sa femme) pour me donner la moindre chance, mais je devais savoir aussi, intuitivement, qu’il ne me rejetterait pas, qu’il accepterait, même sans y céder, la part de désir qu’il y avait, qu’il y a toujours, dans mon amitié. Et mon intuition ne m’a pas trompé : il a su légitimer ce désir, le déculpabiliser, tout en m’affirmant (peut-être, me suis-je parfois dit plus tard, pour écarter de lui-même une tentation déstabilisante ?) ne pas croire que telle soit ma vraie nature. Il est vrai que nous nous faisions nos confidences, et que les miennes – jusqu’à ce que je finisse par faire de lui le confident de l’amour même dont il était devenu l’objet – étaient celles de quelqu’un qui se pense hétéro. J’avais eu, entre dix-neuf et vingt ans, deux expériences, passablement inespérées pour l’anti-Apollon que j’étais et suis encore, au moins à mes propres yeux, mais qui ne m’avaient laissé qu’en partie convaincu – et soulagé néanmoins que "ce soit fait" et que ça ne se soit pas "mal passé" (ni bien ni mal, en vérité). Je vivais dans l’idée qu’elles avaient été de simples répétitions sans conséquence, en vue du jour où surviendrait le Grand Amour – dont je guettais donc fébrilement l’apparition, et que je croyais périodiquement identifier sans que la réciproque soit manifeste.

Et pourtant j’aurais dû, je devais me douter de quelque chose. Je me rappelais avoir été troublé à plusieurs reprises, quand j’avais entre quinze et dix-sept ans : par une scène de film où des flics forçaient un jeune et bel ouvrier algérien à se déshabiller complètement devant sa femme française (et face à la caméra) ; par la vue de garçons à poil dans un vestiaire de stade ; par un homme assez jeune, blond et plutôt beau ma foi, qui s’était frotté contre moi dans le métro et m’avait proposé de le suivre. J’avais été, à chaque fois, mal à l’aise, presque choqué sur le moment, puis, en y repensant, excité, fasciné. Au point de rechercher, dans les salles obscures que je hantais, les films où de beaux acteurs (Helmut Berger, Alan Bates, Matthieu Carrière…) dévoileraient leurs mâles attributs, et même de fréquenter plus que de raison, en solitaire, stades et piscines (les traces n’en sont hélas guère visibles dans ma plastique...) afin de me rincer l’œil tout en me savonnant, en me séchant, en me rhabillant – le plus longuement possible, comme il se doit. Je me rappelais certes mon voyeurisme actif et orienté de cette période, mais je le mettais sur le compte d’une curiosité sexuelle plus générale, fort explicable chez un adolescent en butte à une éducation catholique et puritaine, les seuls corps nus qui fussent accessibles à mes regards étant masculins. J’avais en revanche entièrement refoulé de ma mémoire, pourtant redoutable de l’avis général, et ne devais m’en ressouvenir qu'une dizaine d'années plus tard, cet après-midi à la piscine où, dans le vestiaire désert où seul s’affairait un jeune ouvrier, très brun, qui arrangeait la tuyauterie du local technique, je pris une fois de plus tout mon temps pour me doucher, me rincer, me sécher, me rhabiller – et entendis les coups de marteau s’arrêter pour ne reprendre qu’une fois mon pantalon renfilé. Et je n’avais non plus tiré aucune conclusion pour moi-même, voyant et revoyant "Mort à Venise" à seize ans à peine, de mon identification immédiate, spontanée, non à Tadzio dont j’avais pourtant l’âge (à défaut du physique), mais à Aschenbach – dont j’ai l’âge aujourd’hui. Tout au plus m’étais-je dit, défendant le film contre des condisciples qui daubaient sur "ces histoires de tantouzes", que je ne pourrais jamais être leur ami (j’ignorais dans ma naïveté, comme eux dans la leur sans doute, que ceux qui se récrient le plus fort ne sont pas forcément les derniers à se convertir).

Mon ami est, j’en suis presque sûr, le tout premier garçon (à part des cousins lors de réunions de famille, mais ça ne compte pas) qui m’ait et que j’aie embrassé sur la joue. C’est quelque chose qui, à la fin des années soixante-dix, ne se faisait absolument pas entre copains, surtout quand on avait (dirait Brel) "été comme moi élevé dans les traditions"… Trente ans après, je garde non seulement dans ma mémoire, mais jusque sur ma peau, dans le creux de ma joue, l’empreinte de son petit nez pointu, de ses lèvres, de ce premier petit bisou fugitif, un jour que j’étais passé chez lui après plusieurs semaines sans nous voir. Je suis presque tenté de me dire que c’est de ce jour-là que date ma conscience de mon amour pour lui : je crois que je désirais depuis longtemps déjà, ardemment mais sans oser en prendre l’initiative, ce contact charnel, tout superficiel qu’il fût, et que me trouver ainsi exaucé par miracle m’a révélé la force de mon sentiment. Mais n’est-ce pas réécrire l’histoire, surinterpréter les événements après coup ?

Toujours est-il qu’aujourd’hui encore, lorsque nous nous retrouvons, parfois après des mois d’absence, que nous passons de longs instants à nous étreindre avec force, à nous pétrir l’échine, l’épaule, le cuir chevelu, à nous embrasser cou et joues (sous le regard attendri et amusé de nos compagnes), c’est ce souvenir-là que je cherche à retrouver, le souvenir des tout débuts, de ce tout premier bisou qui fut suivi de tant d’autres, d’innombrables petits câlins que jamais je n’ai cherché à faire dévier, de peur de ruiner cette amitié amoureuse, charnelle sans l’être complètement, et qui m’était plus précieuse que tout. Sans doute étions-nous tous deux conscients, quand bien même j’étais incapable de l’exprimer à l’époque, de la fragilité de cet équilibre asymétrique et de la nécessité de le reconnaître comme tel : chacun des deux acceptait, accepte d’être aimé par l’autre autrement qu’il ne l’aime, et sait gré à l’autre de sa confiance. Il a été, il reste l’un des grands amours de ma vie, le plus grand peut-être car il a rendu possibles les autres.

Tandis que la vue de son idylle avec celle qui deviendrait sa femme m’aidait à faire progressivement le deuil, le doux deuil de mon amour pour lui, je me mettais à regarder d’un autre œil les garçons, les hommes autour de moi, et saisis la première occasion (ce fut l’été suivant, dans un bouge de la vieille Jérusalem, que je succombai à la tentation – ou plutôt à la tante à Sion ?) d’assouvir la curiosité qui me brûlait et de vérifier que j’étais prêt à assumer les implications physiologiques de ce nouveau penchant que je me découvrais – pour évoquer en termes choisis cette réalité à la fois triviale et sublime... Ainsi conforté dans ma conviction, je passai les quatre ou cinq ans qui suivirent à faire l’amour avec tous ceux et toutes celles (car l’homosexualité m’a, paradoxalement, libéré jusque dans mes rapports avec l’autre sexe) qui voulaient bien de moi. Ce fut pour moi, les premiers temps en tout cas, une période d’euphorie : soudain le monde était deux fois plus beau, l’humanité deux fois plus désirable – ou en tout cas sa part désirable deux fois plus nombreuse. Je mentirais, naturellement, si je niais qu’il y ait eu aussi des nuits d’intense cafard, passées à écouter Barbara et Leonard Cohen en boucle jusqu’à essorage complet – avant de ressortir, sec et serein, dans le monde. Mais à mesure que je me découvrais cyclothymique, je trouvais également en moi, grâce au sentiment de m’accepter enfin tel que j’étais, l’aisance nécessaire, qui m’avait fait défaut jusqu’alors, pour n’en rien laisser paraître ou le moins possible, et la relative égalité d’humeur que je m’efforce d’arborer en société a fini par être une seconde nature, qui me tromperait presque moi-même aujourd’hui.

Avec le recul des années, je dirais que l’homosexualité m’a adouci, bonifié, civilisé, sorti de moi-même. L’enfant irascible et solitaire, l'adolescent presque asocial, le jeune homme volontiers arrogant, rogue et rugueux, est devenu un garçon facile à bien des sens du terme, à la fois moins méfiant et moins naïf – sans doute pour avoir compris qu’il n’avait plus à se méfier de sa naïveté. Ce n’est pas exactement l’éducation sentimentale que je souhaiterais à mes enfants, mais je dois avouer que passer des soirées parfois entières au Continental Opéra (le sauna mythique de ces années bénies d’avant le sida, au sous-sol de l'immeuble Berlitz) à tourner et retourner dans les couloirs, une serviette autour des reins ou parfois sur l'épaule, en attendant qu’on daigne me gratifier d’un regard (et plus si affinités), et en réduisant de quart d’heure en quart d’heure mes prétentions, m’a aidé à ramener mon amour-propre hypertrophié à de plus justes proportions. J’y ai perdu bon nombre de mes inhibitions corporelles, sans doute au-delà du raisonnable – mais en m’arrêtant tout de même au seuil du "trash". J’y ai surtout appris à me défaire de mes préjugés, à lire la douceur dans les physiques les plus divers, et à oser exprimer la mienne. Je mentirais, une fois encore, si j’affirmais n’avoir jamais eu le sentiment d’être une simple encoche de plus sur la crosse d’un revolver, mais j’affirme sans mentir que j’ai connu entre les bras de parfaits inconnus, qui le sont presque tous restés, et dont quelques-uns étaient "beaux" mais dont beaucoup étaient loin de l’être, des moments d’une tendresse, d’une intensité, d’un abandon sans pareils – et que j’ai eu, ces fois-là, l’impression d’accomplir un sacrement. Reste qu’il m’est toujours aussi difficile de dire "Je t’aime", et à peine moins de l’écrire.

Je m’en veux de n’avoir pas su le dire, un soir de novembre 1980, à un garçon craquant rencontré à une soirée qu’organisait à la Mutualité un "collectif" homosexuel dont je ne me rappelle même plus le nom. (Il faut dire, pour ceux qui ne l’ont pas connue, que c’était une époque militante, idéaliste, où la liberté – celle des homos, celle des femmes, celle des Chiliens, celle des Polonais, celle des syndicalistes, celle des objecteurs, celle des radios… – était au cœur des programmes politiques d’une gauche vierge de pouvoir.) Il m’avait été présenté par quelqu’un qui le connaissait à peine, et que je connaissais à peine plus, et j’avais immédiatement flashé sur son sourire éclatant, son regard bleu, ses cheveux châtain clair bouclés. Il était étudiant à l’Agro, était bisexuel comme moi, mais c’était pour lui une découverte récente, dont il parlait avec enthousiasme. Il n’aimait pas plus danser que moi, et ne s’aventurait sur la piste que de temps en temps, brièvement, pour identifier d’éventuels objets de désir, mais revenait vite, et nous reprenions notre conversation. Il me confia avoir repéré un garçon qui lui plaisait, mais ne pas oser l’aborder pour le lui dire ; je lui répondis qu’il en était de même pour moi, espérant qu’il comprendrait… Vers deux heures du matin, de guerre lasse nous levâmes l'un et l'autre le camp et nous séparâmes d’un chaste bisou, sans que j’aie l’audace, pourtant bien timide, de lui demander seulement son numéro de téléphone ; je rentrai chez moi muni de son seul prénom, de ma tristesse et de ma rage contre moi-même, capable que j’étais de m’offrir au premier venu dans un bain de vapeur mais infoutu d’avouer au garçon de mes rêves que j’aurais voulu le revoir !

L’Histoire, dit-on, ne repasse pas les plats ; la vérité est qu’elle ne les repasse qu’une fois. Je le rencontrai de nouveau, en avril, un mois avant l’élection de Mitterrand, à la grande manif homo où on scandait (entre autres) "Giscard, des diamants pour nos amants !" Nous étions l’un et l’autre au milieu de vagues connaissances, nous nous reconnûmes et discutâmes quelques minutes, nous souriant l’un à l’autre comme si nous nous étions vus la veille. Et une fois de plus je n’eus même pas, à défaut de hardiesse, la simple présence d’esprit de lui dire quelque chose comme : "Au fait, redonne-moi ton numéro…" Il m’arrive, lorsque je veux me plonger dans une rêverie douce et triste à la fois, de fermer les yeux, de revoir son sourire et de me dire que j’étais peut-être, qui sait ? ce garçon qui lui avait plu et à qui il n’avait pas osé le dire, ni ce fameux soir ni la fois d’après. Et lorsque je veux tuer en moi la nostalgie, je me dis que notre histoire n’aurait pas duré, que nous nous serions déçus, irrités, quittés, sans doute aussi contaminés – auquel cas ma pusillanimité m’a sauvé la vie. Mais la sienne ?


Puis, à la veille de la trentaine, et pendant dix ans, douze ans, le désir des hommes s’est retiré de moi comme le sang du visage.

23/12/07 - 04:24

La paternité, c’est tout doux

« La paternité, c’est tout doux », ai-je écrit, badin, l'autre jour, à l'un d'entre vous. C'est tout doux en effet, ou plutôt c’est à la fois une grande joie et une grande souffrance. Non pas tantôt l’une et tantôt l’autre, mais bien l’une et l’autre à la fois, en même temps, à chaque instant. Comme l’amour ? Oui, comme l’amour et même plus encore, puisque c’est l’amour par excellence, le seul indiscutable, le seul que je sois sûr d’éprouver jusqu’à ma fin, alors même que je ne l’ai pas choisi. Plus exactement, je n’ai pas choisi son objet, ses objets, j’ai seulement choisi qu’ils existent, sans idée préconçue, n'ayant jamais rêvé la procréation comme un accomplissement. Et du jour où ma fille est née, je suis devenu quelqu’un d’autre, quelqu’un que je ne connaissais pas. "Love calls you by your name", chante Leonard Cohen. Du jour au lendemain, j’ai presque cessé d’avoir peur pour moi, et n’ai plus cessé d’avoir peur pour elle, puis pour ses frères. Etre père, être mère, c’est cela : avoir peur, être inquiet, toute sa vie durant, pour quelqu’un d’autre que soi. Une angoisse qui s’estompe une fois les enfants devenus grands, une fois que l’on a échappé au pire, mais qui fait place au regret, au remords, celui de n’avoir pas fait tout ce qu’il fallait, d’avoir manqué des choses dans leur éducation. De leur avoir laissé trop de liberté pour compenser celle que je n’ai pas eue moi-même – ou simplement par confort, par paresse ? Plutôt par sentimentalisme, par crainte de ne plus jamais retrouver dans leurs yeux le regard éperdu d’amour, de confiance absolue, qu’ils avaient, tout petits, quand je les soulevais de leur lit, de leur chaise pour les prendre dans mes bras. Mais dans mes moments de doute, de spleen, je me dis (peut-être pour me rassurer à bon compte) que je n’ai pas forcément eu tort, qu'ils auront avec les autres des relations plus simples, plus naturelles, plus faciles que moi, que sous cette désinvolture narquoise ou renfrognée qu’ils affectent envers leur père se masque une tendresse pudique, dont il me semble parfois lire malgré eux le reflet sur leur visage. Et qu’ils mettront moins de temps à atteindre cet état de sérénité indulgente auquel je suis parvenu si tard, trop tard, envers mes propres parents.

01/12/2007

01/12/07 - 00:58

Bientôt...

Trois mois déjà, ou presque. Trois mois depuis que je suis entré par hasard, sur la pointe des pieds, intrigué, comme en suivant quelqu'un dans la rue. Trois mois passés à découvrir, à observer, à kibitzer, à commenter, plus ou moins inspiré, parfois goguenard (trop), parfois plus sérieux (trop aussi). J'ai amusé quelques-uns d'entre vous, j'en ai irrité certains, j'ai pu en blesser d'autres, en particulier celui que j'ai offensé bêtement, cruellement, pour avoir cliqué trop vite, sans voir, sans réfléchir, sans le vouloir - et j'ai pour lui une pensée particulière.
Le moment est venu, vous êtes plusieurs à me l'avoir dit et je me l'étais dit de moi-même, de ne plus me tenir en retrait, de me livrer davantage, de m'exposer à votre ironie, à votre bienveillance, à vos sarcasmes peut-être - que je m'efforcerai de supporter sans toutefois vous le promettre... Je vous promets seulement de ne dire que la vérité, même si je ne la dis pas toute ; sans l'enjoliver, sans non plus forcer ma noirceur pour cacher ma grisaille. Je vais donc lâcher la rambarde que m'ont offerte, jusqu'à présent, les rubriques du portrait, les questions plus ou moins idiotes auxquelles j'ai cherché à répondre plus ou moins intelligemment (et vice-versa), pour m'aventurer à mon tour sur le sentier qu'explorent les plus précieux de vos écrits, ceux par lesquels chacun cherche à élucider la façon dont il vit cette sexualité (pas forcément exclusive) que nous avons en partage, qui justifie que nous nous retrouvions ici, et dont l'expression ne va pas toujours (ou toujours pas) de soi. Non qu'il ne soit passionnant aussi de parler de politique, de cinéma, de voyages, de musique, de littérature, de boulot - et je ne m'en ferai pas faute non plus. Mais en parlons-nous ici autrement que nous ne le faisons au dehors, avec des interlocuteurs moins concernés par notre penchant commun, ou ignorants de lui ? Et est-ce la raison première de notre présence ?
A bientôt.

24/11/2007